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Harcèlement de rue : La force d’internet et des réseaux sociaux pour dénoncer

Depuis l'affaire Weinstein en octobre 2017, la parole sur les violences subies par les femmes à travers le monde se libère. Permettant une expression libre et anonyme, les réseaux sociaux ont largement contribué à mettre le feu aux poudres et à amplifier ce phénomène. Retour sur les différentes initiatives citoyennes qui ont vu le jour sur la toile.

 

Qu’est-ce que le harcèlement de rue ? Selon le collectif Stop Harcèlement de Rue, il s’agit de « comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller, verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçant, insultants, en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. ». Selon une étude réalisée en 2015, 100% de femmes ont déjà été victime au moins une fois d’un harceleur de rue. Face à ce phénomène, certaines d’entre elles ont décidé de créer un véritable mouvement de soutien.

Depuis le scandale de l’affaire Harvey WEINSTEIN, producteur de cinéma Hollywoodien récemment accusé de viol et harcèlement sexuel par des dizaines d’actrices avec qui il a collaboré, de nombreuses femmes ont trouvé le courage de briser l’omerta qui règne sur les violences dont elles sont victimes au quotidien. #Metoo, #balancetonporc, #dearcatcallers ou encore #MyHarveyWeinstein, ce sont des milliers d’initiatives citoyennes, collectives ou individuelles, et de campagnes de sensibilisation qui ont été relayées sur internet et les réseaux sociaux pour dénoncer les responsables de ce climat de terreur. Un moyen efficace de mobiliser les femmes du monde entier et d’humilier, à leur tour, leur oppresseur. Alors, comment internet et les réseaux sociaux, jusqu’à maintenant considérés comme une arme dangereuse avec le cyber-harcèlement, sont-ils devenus un moyen d’amplifier les campagnes de sensibilisation au harcèlement de rue ?

 

BRISER LE SILENCE

Aujourd’hui, les réseaux sociaux donnent une nouvelle dimension à la parole citoyenne. Après l’affaire WEINSTEIN, de nombreux hashtags sont apparus sur la toile. Sur Twitter, l’actrice américaine Alyssa MILANO a lancé un appel à toutes les femmes victimes de harcèlement avec le hashtag #metoo : « Si vous avez été sexuellement harcelée ou agressée écrivez « moi aussi » comme réponse à ce tweet. », générant ainsi des milliers de témoignages en commentaires. Un moyen pour les femmes de briser le silence et dénoncer les violences qu’elles subissent quotidiennement et également de partager leur expérience. C’est la raison pour laquelle, de plus en plus de comptes dédiés à ce phénomène de libération de la parole émergent sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, à l’instar d’une jeune étudiante à Amsterdam.

 

SELFIES VS HARCELEURS

« Puisque beaucoup de personnes ne savent pas toujours avec quelle fréquence et dans quel contexte le harcèlement arrive, je montrerai mes harceleurs pendant un mois entier ». Noa JANSMA, une étudiante néerlandaises âgée de vingt ans, a choisi de se prendre en photo avec ceux qu’elle appelle ses catcallers et de poster les clichés sur Instagram accompagnés du hashtag #dearcatcallers. Pour justifier sa démarche, Noa raconte que, alors qu’elle était à bord d’un train, deux hommes ont commencé à la filmer, faisant fuser les remarques déplacées et insistantes. C’est là que la jeune femme a réalisé qu’il pourrait être de bon ton de renverser la tendance et de les photographier pour les dénoncer. « J’ai longtemps marché avec cette idée en tête, je n’osais pas faire le premier pas. Mais quand j’ai demandé à un homme de venir avec moi faire une photo, il a répondu avec enthousiasme ». En seulement un mois, elle a publié vingt-quatre photos, soit près d’une par jour. La blogueuse L’empêcheuse de penser en rond dit à propos du compte Instagram de Noa que « ces selfies ont aussi l’avantage de montrer les visages des harceleurs de rue. Parce que, non, n’en déplaise aux racistes, ce n’est pas un comportement réservé à des « noirs et des arabes » ou à des personnes issues de l’immigration. Le vrai visage du harcèlement de rue, son triste visage, c’est qu’il n’en n’a pas. Il y a autant de visages qu’il existe de harceleurs. Et c’est très bien illustré par ces photos. On voit que ces hommes sont de tous âges, de toutes classes sociales. » En effet, l’objectif est aussi de prouver qu’il n’existe pas de profil type du harceleur de rue. C’est aussi une façon de renverser le pouvoir et de mettre un visage sur ces hommes qui participent activement à l’objectivation des femmes.

DU HASHTAG À LA RUE

Après ce déferlement de témoignages entraînant des milliers de femmes à briser la loi du silence, Carol GALAND, 40 ans, a souhaité mener le combat jusque dans la rue. Sur Facebook, elle a créé un événement pour rassembler un maximum de personnes et descendre dans les rues de Paris le dimanche 29 octobre à 15 heures : « Je me suis dit que la manifestation était un bon moyen d’impliquer les personnes qui ne sont pas sur les réseaux sociaux. Je vais mettre des affiches dans les rues pour qu’elles soient au courant. ». Ce sont alors environ 2 700 internautes qui se sont déclarés intéressés. Depuis, de nombreux mouvements similaires ont été organisés dans les villes de Lyon, Marseille, Montpellier ou encore à Pont-à-Pitre en Guadeloupe. En revanche, pour certaines femmes il est encore difficile de franchir la barrière virtuelle, l’une d’entre elles confie que « la parole en ligne est intéressante, elle permet à certaines femmes qui ne souhaitent pas être reconnues de le faire plus discrètement. Pour autant, la honte doit changer de camp et j’espère qu’on arrivera tous et toutes à affronter le regard des autres sur cette question. ». C’est d’ailleurs ce qui pousse une partie des internautes à critiquer cette démarche.

 

UN PHÉNOMÈNE D’ANONYMISATION CRITIQUÉ

Sur Twitter, la journaliste Sandra MULLER a lancé le hashtag #balancetonporc pour venir en aide aux victimes de harcèlement sexuel au travail, invitant ces femmes à donner l’identité de leur agresseur. Ainsi, de nombreuses femmes ont accepté de répondre à l’appel racontant leur expérience de harcèlement ou encore d’attouchements, hissant le hashtag #balancetonporc parmi les plus populaires de Twitter. Cependant, la critique qui est faite de cette initiative repose essentiellement sur l’anonymisation des témoignages. En effet, certains internautes remettent en doute la véracité des propos qui sont tenus par ces militantes dans leurs publications : « ce sont des témoignages dans le vide : pas de nom, pas de date, pas de lieu. ». Pour d’autres encore, identifier son agresseur sur les réseaux sociaux relève davantage de la diffamation : « le déversoir, défouloir est certes salutaire, mais pour dénoncer un harcèlement ou une agression sexuelles, c’est devant un policier ou un procureur. ». Il demeure que l’objectif premier de ces initiatives est d’encourager une prise de conscience collective.

Désormais les réseaux sociaux sont utilisés comme moyen de défense face au harcèlement de rue, au harcèlement sexuel ou à la discrimination des femmes. La parole tend à se libérer depuis que les agressions sexuelles sont considérées comme de graves délits.  Ce mouvement cherche à débanaliser un phénomène bien trop récurrent mais aussi à donner une prise de parole et un pouvoir de défense aux femmes qui sont victimes de harcèlement de rue, et même d’autres violences quotidiennes. Grâce à cet impact des réseaux sociaux, ce qui avait été passé sous silence devient alors la manifestation d’une douleur généralisée.

 

Tiffany NOVELLI, étudiante SUP’DE COM 

Par SUP'DE COM
le 07/02/2018

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